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le slow

Diphtongue sur ton « ow »

Alors le slow, ringard ou pas ?

Non parce qu’on a dépassé la Boom.

Je sais, tu kiffes chanter « dreaam are myy realityy ».

Mais n’abuse pas des bonnes choses.

Alors le slow.

Le slow, la première fois que j’ai « pratiqué », j’étais en classe de préhistoire (la classe, je sais) et c’était le temps de boom.

Y avait même des mammouths.

A l’époque, tu me diras, on n’était pas loin de la préhistoire, je considérais que le jogging (qui se boutonnait sur les côtés) était THE MUST HAVE for the boom.

De préférence, rehaussé par le port de basquets.

Et oui, la féminité, ça ne s’apprend pas :

Ça se vit.

Tu me diras, niveau classe, j’ai quand même dansé avec un mec qui avait sorti pour l’occasion ( je ne vois pas d’autre explication), sa paire de chaussons à motif écossais.

Et dire que maintenant, on doit s’habiller pour aller en boite…

Je dis ça, je dis rien.

Moi la classe, je l’ai depuis le jour où j’ai associé les sandales de mer en plastique à la bonne paire de chaussette.

Et oui, j’avais pas envie d’avoir froid en hiver.

Tu me diras, j’étais très précoce, 2009, la sandale se porte avec des collants.

Donc la boom, et le slow.

Tu comprendras bien vite qu’à 12 ans, les porteurs de boules, on s’en fout un peu.

Même s’ils ont des beaux chaussons.

Nous, on a juste envie qu’elles poussent, nos boules.

Alors on est là, à se dandiner sur les Venga Boys, et sur Britney.

Et là, c’est le drame.

Je me souviens plus trop ce qu’on passait pour les slows.

Atomic Kitten,Céline Dion je sais plus trop.

Mais la musique pour les slow, c’est du flan.

Aux pruneaux ?

Si tu veux, canard, si tu veux.

Et là, la température monte d’un cran.

Y a le beau gosse qu’est assis.

Merde merde merde, je l’invite.

Meuuh non, t’es une fille.

M’en fous, moi, ça m’a pas empêché d’aller les inviter à danser.

Les normaux hein.

J’ai pas tenté d’inviter les beaux gosses.

Trop timide dans mon jogging.

Alors tu bois.

Puis, les mains sont moites, et les corps, faute de se frôler, s’éloigne.

Distance de sécurité, stp.

Tes mains : sur mes côtes.

Un mètre  nous sépare.

Ta main.

Plus haut.

On s’éloigne de la piste lorsque Dj Moule balance le premier slow (c’est par vague, une fois partie, t’en as pour 10 minutes).

Tu bois.

 

Sur une chaise, aux toilettes.

Il faut trouver une occupation pour passer ce moment difficile de l’invitation à la ritournelle.

Pause clope ?

Pas à 12 ans.

Mais on met au point des techniques.

Moi j’ai commencé à fumer juste à cause des slows quoi.

Franchement.

12 ans, 16 ans, 20 ans, c’est la même chose.

Alors on va boire un verre, on va aux toilettes, on va prendre des chips.

C’est toute une géographie atypique les pistes de danse.

En périphérie, ou si tu préfères, en marge, y a les bancs.

Généralement, c’est pas couscous boulette (enfin, ça dépend..), mais plus couscous brochettes.

De préférence, les jambes croisées, un gobelet (d’Orangina, vite remplacé par le mojito) dans la main, et le regard qui traîne un peu.

-regarde là comment elle se colle à lui.

-putain il l’a pécho.

-chuis vénère, John John m’invite pas.

Vous buvez.

Bon, je passe le dialogue sur la vulgarité de Thérèse et les mains basses de Pierre Henri.

De toute façon, le slow, célibataire ou pas, je crois que ça reste quand même ringard, dans le mauvais sens du terme.

Déjà la musique.

Tu me diras, passer les berrus, c’est pas forcément romantique non plus.

Après, y a le slow tendancieux.

Ou l’art du :

Comment te dire ?

Ou bien :

Je crois que ça va être possible.

 Tu peux aussi la jouer fine :

Je sors d’une rupture douloureuse.

ou bien

j’ai déjà quelqu’un.

Tu peux aussi mentir.

J’aime les ornithorynques.

Pendant ces longues minutes, les toilettes vont devenir ton refuge.

Tu t’y sentiras bien, en sécurité.

Ou alors tu tentes le tout pour le tout.

Et là, tu es dans la merde.

Putain tu sais danser le disco, mais un slow voilà quoi.

Tango argentin, nickel.

Mais le slow.

Il tente un rapprochement :

Il te marche sur les pieds.

Bingo, je crois que ça y est.

C’est l’amour de ta vie.

Vous aurez des enfants et un skyblog avec des poèmes sur votre amour.

Pourquoi la chanson s’arrête ?

Une autre.

Là, c’est le moment où tu te prends un talon, balancé par les remplaçantes sur le banc.

On appelle le numéro 10.

Le numéro 10 rentre en piste, et c’est le buuuut !

Roulage de pelle à la chaîne, putain, c’est chaud ce soir, c’est chaud !

Mesdames et messieurs, regardez ce superbe râteau au ralenti :

Reeeestooons aaamiii.

Crochet du gauche.

Carton rouge, mains trop basses.

Le numéro 3 s’avance, la prend par la main. Il prend sa main, il prend sa taille.

 

Buuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuut.

 

Les voilà partis !

Quelle dextérité !

Quel match !

Qualification en quart de final.

L’équipe jaune repart verte, les remplaçantes, verte de jalousie.

Je crois qu’au bout de toutes ces années, j’ai enfin compris.

Tout était de la faute du jogging.

Damned.

 

Non, mais c’est vrai que les slows, voilà quoi.

Y a toujours la nana qui va rester toute seule parce que, c’est la fatalité des booms, il y a un nombre impair de personnes, ou parce qu’il y a trop de fille et pas assez de mec.

Bois un coup, c’est pas fini.

Putain qu’est ce qu’elle est longue cette chanson de merde.

Allez, un coup pour la route.

De toute façon, tous des salauds !

Hips.

Allez met moi de la bonne musique.

Quoi pas Claude François ?

Et ta mère, c’est Dalida peut-être ?

 


 

 



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