Bon, tu es face à ton portable depuis trois heures.
Non, tu n’attends pas un appel du Père Noël.
Tu es dubitatif, tu cherches tes mots, t’es pas forcément super doué dans le domaine glissant qu’est « la rupture ».
Mais tu es quelqu’un de franc, le texto de rupture, très peu pour toi.
Tu affrontes tes peurs, tu manques de tact, mais tu rentres dans le lard.
Tu es celui ou celle qui, d’un coup, sans prévenir, va sortir « bon, faut qu’on parle ».
Les gens se méfient de tes phrases qui commencent par un « Bon ».
Donc, tu es là face à ton portable, et tu ne sais pas quoi faire.
Tu hésites, tu réfléchis pendant deux heures face à ton putain de téléphone.
Bon.
J’écris quoi ?
Soit j’y vais doucement, soit j’y vais franchement avec un « Bon, faut que je te parle ».
Tu étudies les différents possibilités qui s’offrent à toi « j’ai besoin de te parler », ou « il faut qu’on se voit » ou bien « il semblerait qu’un entretien en tête à tête soit inévitable »…
Au final, tu envois ce putain de « je dois te parler ».
Tu l’écris, et tu mets une demi heure, 4 cigarettes, à l’envoyer.
Quand c’est fait, tu ne te sens pas fière pour autant.
Le processus est en marche, de toute façon, tu y as longtemps réfléchi, ta décision est prise.
Le texto est envoyé.
Pas de marche arrière, tu grilles un feu, et tu te prends une amende sentimentale.
Mauvais conducteur, tu ne regardes pas assez à gauche, pas assez à droite, mais tu avances quand même, en roue libre.
Il n’y a plus de moniteur d’auto-école, et le code, soit la rubrique sentimentale, tu l’as lu il y a longtemps, et tu l’as eu.
Un coup de bol sans doute.
Tu n’as pas l’habitude d’être largué, tu n’as pas l’habitude de larguer tout court.
Ta vie sentimental est une route chaotique, avec des nids de poules.
Ce qui est bizarre, c’est qu’une fois arrivée sur une ligne droite, parfaite, tu ne roules pas trop vite.
Tu as toujours peur de l’accident, alors tu roules correctement, en faisant quand même des écarts.
Mais le moniteur (ton cerveau) revient toujours et te prends le volant des mains, que tu le veuilles ou non.
C’est même toi qui va, consciemment ou pas, prendre la bifurcation pour une route de campagne sinueuse et calme.
Tu as le don suprême de te compliquer la vie.
Et le pire, c’est que lorsqu’on te demande pourquoi, tu n’as pas de réponse à donner.
De réponse valable.
Enfin, peut-on vraiment utiliser le terme « valable » pour parler de sentiments ?
Que ton comportement ne s’explique pas, c’est vrai.
Chercher à l’expliquer te fait tourner en rond, sur un rond point.
Ta vie sentimentale n’est plus à sens unique, tu l’as compris avec lui.
C’est une route à double sens où les rencontres se font comme des collisions.
Pas d’assurance, ni de carte grise.
On roule tous plus ou moins sans permis.
Vous allez vous retrouver pour faire un constat à l’aimable dans quelques heures.
Ces quelques heures défilent lentement.
Il n’y a aucune excitation à quitter quelqu’un. Du moins, pour moi.
Il est 15h, tu redéfinis à toi tout seul le concept « fumer comme un sapeur ».
Tu n’arrives pas à lire, tu n’arrives tout simplement pas à te concentrer.
Comment lui dire ?
Comment lui dire ?
Etre franche, avoir du tact.
Tu passes ton permis rupture dans une heure.
Sauf que ton permis rupture n’est valable que jusqu’à la prochaine rupture où tu seras de nouveau testé, mis en examen.
De toute façon, quoi que tu dises, le résultat sera le même.
C’est comme quand tu étudies Phèdre, Andromaque, tu sais la fin, sans trop savoir ce qui se passe au milieu.
Là, le milieu te fait peur.
La fin, malheureusement, tu l’as connais.
Enfin, on sait jamais vraiment l’issue de ces choses là.
Tu peux avoir affaire à un mec qui te jettera dans le Marne, à un autre qui te suppliera à genoux en morvant sur tes pieds « ne me quittes pas », tu peux te faire larguer alors que c’est toi qui part dans l’optique de larguer.
Savoir qui de l’un ou l’autre à larguer l’autre, on s’en fout, il n’y a aucun mérite à larguer quelqu’un.
Il est 17h30, c’est l’heure de partir.
Tu fais ton sac, clopes, mp3, et on verra.
…
Voilà, c’est fini.
Tu pars de chez lui.
Tu as manqué de tact, tu en manques toujours.
Tu as parlé de colonne et tu as essayé de trouver un schéma mathématique à la con pour résumer les sentiments humains.
On est jamais fière après avoir largué quelqu’un.
Tu est cependant soulagé.
Soulagé, c’est le mot.
Il est 20h, tu rentres chez toi.
Tu manges, tu regardes la télé, et tu t’endors.
Tu as fait ton coming out célibataire hier.
Aujourd’hui, tu ne regrettes pas.
Tu as été franche, correcte, et tu n’as pas fait languir le truc trop longtemps.
Tu te demandes, comme tu t’es demandé, comment annoncer ça aux autres.
Ils verront bien.
Pas d’annonce publique, pas d’annonce Face Book, pas de statut « over ».
Quand on largue quelqu’un, je vais peut-être dire une connerie, mais les autres tu t’en fous.
C’est entre lui et toi, personne d’autre.
Je ne vais pas m’expliquer auprès de vous, auprès des autres.
Ma vie ne regarde personne.
Tu vas trouver ça bizarre d’annoncer ça sur un blog, le truc, au final, le moins intime du monde, mais ça fait partie de ma vie, et même, si j’ai décidé de ne pas tout dire, j’avais besoin d’en parler ici.
N’y vois aucune confession.
Ne pense même pas que j’écris ça pour signaler que je suis de nouveau sur le marché sentimental, tu ferais fausse route.
Je vais pas non plus te faire une liste des bon moments que j’ai passé avec lui, l’effet catalogue post rupture est ridicule.
Les moments sont là, point barre.
La nostalgie du souvenir est là, et quand tu passeras dans les endroits où vous êtes passés, il n’y aura pas de regret, ni de remord, juste de bons souvenirs, dispersés un peu partout.
Ils te feront sourire, rire.
Mais pas pleurer.
Dans ta tête, c’est juste fini.
Pas d’amertume, rien.
Ça ne fait pas mal, ça ne saoule pas non plus, c’est juste comme ça.
Voilà tout.
Il n’y a pas de bonne façon et de mauvaise façon de quitter une personne.
C’est jamais facile de quitter quelqu’un.
Après, c’est encore moins facile d’être quitté.